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Le président sortant Sarkozy marquait une rupture dans le style présidentiel, son corps surexpressif étant au diapason du mouvement perpétuel qu'il prétendait insuffler au quotidien. Le nouveau président François Hollande, davantage dans le contrôle et la tempérance, renoue avec des perceptions plus classiques de la fonction présidentielle. 

 

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François Hollande : un "vigilant"

 

Le point fort : la stabilité émotionnelle

 Selon un récent sondage TNS Sofrès pour iTélé, le socialiste est perçu comme plus pédagogue (35 % contre 31 %) que Nicolas Sarkozy, plus déterminé (40 % contre 37 %) et plus sincère (31 % contre 23 %). Le fait d’être moins expressif ne le dessert effectivement pas toujours. On n’est pas égaux dans la prise de parole. Le fait d’être davantage dans le contrôle de son discours le fait apparaître plus posé, sans en faire un bon communicant pour autant.

Cette campagne a montré que Hollande savait revêtir le masque de la solennité, le sourcil froncé, une approche discutable si elle est faite consciemment. Mais lorsqu’il est lui-même, son corps libéré livre des expressions finement détectables. Ainsi, on aura pu voir lorsqu’il évoque les dangers de la spéculation financière sa paupière gauche parfois tomber plus vite que sa paupière droite, preuve que ce sujet le touche particulièrement, lui tient à cœur. La langue de vipère (sortie subreptice vers l’avant) affichera le vrai rejet de la politique de Sarkozy sur des sujets sensibles comme l’immigration ou au plan moral (le bling bling, la république pas si irréprochable…). Les mains se positionnent souvent devant lui, figurant une barrière, ou comme s’il tenait un paquet, à angle droit, doigts écartés. Elles nous renseignent sur sa conception du rapport à l’autre, elles marquent l’égalité. Avec l’interlocuteur ou sa conception égalitaire des sujets abordés.

Lors du débat d'entre deux tours, face à Nicolas Sarkozy, Hollande se sentait dominant. Il est en effet apparu plus spontané que d'ordinaire. Ses deux mains plus participatives que ce que nous observons habituellement, le corps droit, en avant, le regard dominateur, sourcil froncé, plongeant ses yeux dans l'adversaire quand l'autre prend plus souvent les journalistes consciemment à parti (stratégie similaire en 2007 avec Ségolène Royal). Même si ce François le spontané est redevenu François Hollande le vigilant, contrôlé pendant son anaphore "Moi président de la République..." (répété 16 fois) : corps se figeant, regard extérieur à la recherche d'un discours fabriqué, main droite agissant seule, clignements de paupières "en grappes" affichant un stress de performance.

C'est surtout la multiplication des langues de vipère (la langue sort rapidement vers l'avant) qui nous renseigne sur l'esprit de Hollande qui tacle ainsi régulièrement et de façon non-consciente son adversaire UMP. Toutefois, par tempérament ou par manque d'envie, il ne va pas jusqu'au bout de ses attaques, peut-être par peur aussi de faire un faux pas, les lèvres rentrent souvent dans la bouche en fin de phrase marquant la maîtrise qu'on veut garder de son discours. La langue, elle, remplit ainsi une double fonction au bénéfice d'une même idée, Hollande est conscient de sa domination et de faire le poids. Sans doute les téléspectateurs les plus indécis l'attendaient-ils sur ce point. Il multiplie mi-consciemment les codes d'attaquant. Preuve que derrière la "fraise des bois" (comme décriée par ses propres "amis politiques") peut se cacher une fraise dentaire, plus redoutée et redoutable, qui sait montrer... les dents.

 

Le point faible : l'excès de contrôle

Hollande s'est concocté un masque de statue du Commandeur, visible dans toutes ses prises de parole de meeting. Solennité et gravité, marquées par des froncements de sourcils, une bouche verrouillée et peu de clignements de paupières. Comme une présupposition que la gravité du clown triste permet de mieux revêtir l'habit présidentiel. Au moins dans une première partie de campagne présidentielle. Sauf dans les accents mitterrandiens sans doute la résultante d'un phénomène d'introjection : les mimiques sont alors reproduites de manière incnsciente tellement  est imprégné de son mentor.

Dans les interventions de Hollande, la main droite s’agite souvent seule, signe qu’il est plus concentré sur le contenu du discours qu’en mode spontané. Et elle s’élève souvent, marquant une certaine autorité. C’est le manque de participation de la main gauche qui est pénalisant, la main de la spontanéité. Hollande est plus sur la logique argumentative, le contrôle du discours, l'élaboration d'une pensée qui se feit en parlant. Ou la marque d'une concentration extrême. Ou bien ce sont les mots qu'on essaie de retrouver. En interview, on peut même ne pas voir ses bras et ses mains bouger pendant un longmoment, le langage corporel étant par ailleurs adossé à une rythmique vocale très hachée. Bref, absence de marqueur gestuel spécifique pour séduire et visage peu expressif. Hollande est pourtant un faux plat pays gestuel comme nous l’avons vu précédemment pour peu qu’il s’autorise à sortir son propos d’une approche cérébrale.

Il a trop singé la gestuelle mitterrandienne pendant les meetings notamment. La greffe n’a pas pris. Le pot aux roses a été éventé très vite. La grammaire gestuelle des politiques est de plus en plus familière aux observateurs de la vie politique et à l’opinion, tant leurs visages nous sont devenus de plus en plus familiers à la faveur du poids de l’image dans notre société. Un élément sous-estimé par ceux qui l'ont préparé ?  C’est là la limite de « la fabrique des gestes » et l’aveu d’un échec à faire trouver au candidat son style, qui aurait su se révéler dans une approche gestuelle bien à lui. De ce point de vue,les interventions télévisuelles semnlaient davantage montrer l'homme que le masque.

Est-ce enfin parce que l’enjeu approchait ? Hollande montrait souvent des signes de maîtrise de son discours, comme par peur d’aller trop loin, trop vite, trop fort, de déraper. Cela se lit sur ses lèvres tantôt mordillées, tantôt rentrées dans la bouche (bouche dite « en huître »). On vit beaucoup de csigne lors du débat présidentiel. Le candidat normal était sous pression. Celle de celui qui a tout à gagner était sans doute plus grande que celle de celui qui n’avait plus forcément grand chose à perdre.

 

Son enjeu : redevenir "François le spontané"

Faire passer plus de spontanéité en étant moins dans l’explication, le cérébral, le logos, les arguments, d’une certaine façon moins pédagogue. Aller chercher ce qui le touche, ce qui le fait vibrer, ce qui le meut et l’émeut. Retrouver le chemin de la distanciation par l’humour, sans céder à l’ironie facile afin de se reconnecter avec lui-même. La gestuelle et les mimiques s’aligneront. Le changement, il doit l’incarner physiquement et émotionnellement. Encore plus maintenant.

 

 

Tag(s) : #Politique